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Guide de l’immobilier 2019-2020 : « Claude Brugière : « La réussite d’un projet médical représente chaque fois un nouveau défi »

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Tout Lyon Affiches – Guide de l’immobilier pour les entreprises 2019 – 2020

 

 

A la tête de l’agence In-Fine, qu’il a créée en 2000, Claude Brugièrea rapidement développé une expertise en immobilier de santé. Une compétence qu’il entend enrichir au sein de la nouvelle agence Soho Atlas In-Fine, née de la fusion des deux structures au 1er juillet 2019. Après avoir finalisé la réunion de leurs équipes lyonnaise sur le même site à la fin du mois de septembre, les dirigeants de cette agence ambitieuse feront de même en 2020 avec leurs équipes parisiennes.

 

Comment accompagnez-vous les établissements de santé lorsque vous devez travailler avec eux sur la réimplantation d’unités très techniques, comme une stérilisation, un bloc opératoire… ?

Il y a des pièges majeurs à éviter quand on mène un tel projet, car il est certes très technique, mais il doit aussi répondre à du bon sens tout simplement. Le travail en amont est donc essentiel. Une chose est certaine, il n’y a pas de modèle type répondant à toutes les questions. En effet, nous devons ,autant concevoir ce projet ,pour les patients que pour ceux ,qui travaillent dans l’unité en ,question. Cela signifie que, au delà ,de l’aspect immobilier, avec la conception et l’usage du site, il y a également une dimension plus profonde autour de la gestion des équipes et du confort des patients. C’est tout l’enjeu d’une démarche comme celle que nous avons menée l’année dernière au Centre Hospitalier d’Annonay, où nous avons totalement restructuré et agrandi le plateau technique : bloc opératoire, urgences, consultations externes, bureaux, accueil.

 

Existe-t-il des spécificités architecturales liées à ces unités ?

Bien entendu. Si nous restons sur l’exemple des unités de stérilisation, nous sommes en train de vivre une mutation profonde, avec l’automatisation de certaines
fonctions. Nous passons d’un système manuel, ou semimanuel, à une automatisation sans cesse plus importante. Il faut donc apprendre à intégrer cette dimension, en travaillant avec des ingénieurs spécialistes de ces process. Couramment, aujourd’hui, nos équipes de conception ou de réalisation font appel à des praticiens ou des spécialistes de ces process. Mais ce n’est pas spécifique aux unités de stérilisation. C’est également le cas quand on réalise une unité de pharmacie, un bloc opératoire… L’élargissement de l’équipe de conception permet toujours de mieux répondre au sujet.

 

Les professionnels du monde médical comprennent-ils cet impératif d’échanges entre les divers intervenants d’un projet ou avez-vous un véritable travail d’évangélisation à réaliser ?

Nous avons, en effet, un gros travail d’évangélisation à mener. Beaucoup de professionnels du monde médical se basent sur leurs pratiques dans un environnement bien précis. Mais bien souvent, celui-ci est ancien, ou en mauvais état, plus du tout adapté aux normes actuelles. Nous essayons donc de mettre en place une action de conduite du changement vers les nouvelles pratiques, puisque nous avons la chance de travailler sur une multitude de projets dans différents endroits. Nous sommes source de conseils, tant d’un point de vue spatial que financier ou encore technique. Et à travers le regroupement Soho Atlas In Fine, nous avons fait le choix de nous donner les moyens de jouer pleinement ce rôle en mutualisant certains investissements. Aujourd’hui, nous travaillons de plus en plus les projets en amont avec la réalité virtuelle et avec la maquette numérique.

 

Le BIM prend toute son importance dans les projets de santé…

Nous avons adopté la méthode BIM en 2010 et c’est une évolution fondamentale pour l’agence.
C’est pour cette raison que nous avons décidé de renforcer cette dimension au sein de l’agence Soho Atlas in Fine avec l’intégration d’un BIM manager. Nous sommes en phase de recrutement, afin de créer réellement un pôle dédié. Nous devons, en effet, être capables de simuler en détail le projet le plus tôt possible et d’éviter ainsi certains désagréments. Le BIM est un formidable outil de communication, qui n’est pas encore assez utilisé. À l’avenir, il va permettre de lisser les problèmes lors de la réalisation du projet. Nous allons aussi pouvoir gérer les cycles de vie des bâtiments et programmer l’entretien et la gestion de ceuxci sur des périodes pouvant aller jusqu’à 20 ou 30 ans. Cela permet d’avoir une indication sur le coût global du bâtiment dans le temps et donc de gérer les coûts en question.

 

Qui est impliqué dans cette mise en oeuvre du BIM ?

Pour chaque projet concerné, il s’agit d’organiser la coordination d’équipes réunissant de quinze à vingt personnes, qui travaillent sur la même maquette numérique. Comme tous les partenaires doivent être au même niveau, l’architecte a désormais une responsabilité importante dans la coordination des informations et dans la transmission de ces dernières à tous les membres de la conception. C’est en tout cas une des grandes attentes de nos maîtres d’ouvrage.

 

Un établissement hospitalier doit faire face à des coûts exceptionnels en matière d’énergie. Cette approche très détaillée en amont peut-elle les aider à maîtriser ces dépenses ?

Bien évidemment. Dans les nouveaux établissements, nous prenons systématiquement en compte la législation environnementale.
C’est le cas dans tous les bâtiments, mais plus encore dans ceux qui sont dédiés à la santé, car nous avons une très forte concentration d’énergie, notamment avec le traitement d’air, puisque nous avons besoin d’une asepsie progressive dans certains endroits, comme les blocs opératoires notamment.
En fait, la plus grande difficulté apparaît lorsque nous intervenons dans un centre hospitalier existant. Sur un site couvrant plusieurs dizaines de milliers de mètres carrés, nous ne maîtrisons généralement qu’une petite partie du complexe. C’était ainsi le cas en 2019 avec l’Hôpital Édouard-Herriot, à Lyon, sur lequel nous avons complètement restructuré le service des urgences. La problématique consiste donc à amener une vision qui améliore les choses, mais en intervenant uniquement sur une portion restreinte de l’établissement.

 

Lorsque vous intervenez sur un projet hospitalier, vous intervenez souvent en site occupé. Comment gérez-vous cette situation qui n’est pas fréquente dans l’univers du tertiaire par exemple ?

Lorsque nous intervenons en site occupé, si nous traitions le projet comme s’il s’agissait d’une seule entité, ce serait une catastrophe. En fait, très en amont, nous sommes obligés, dès l’esquisse et les premières réflexions, d’intégrer le fait que les projets se feront par phases successives et que celles-ci doivent être cohérentes
entre elles. Cela signifie que l’on ne fait pas un projet, mais deux, trois, quatre… qui doivent être harmonieux pour atteindre l’objectif initial. Comme les bâtiments ne sont pas faits pour répondre à ce phasage, il faut bien souvent ré-intervenir de façon temporaire, sur chacune des phases, sur les installations techniques existantes.

 

L’intégration de cette dimension très technique dans les projets de santé limite-t-elle la créativité artistique des architectes ? Existe-t-il des principes que vous devez respecter et qui brident votre créativité ?

Le travail de l’architecte est toujours le même, mais il est rendu plus complexe en effet, car dans ce type de projets, il intègre un nombre de critères et de sujets à maîtriser beaucoup plus important que d’ordinaire. C’est la maîtrise de l’ensemble de ces critères qui va nous permettre d’arriver au projet final. Donc l’esthétique que l’on va donner au bâtiment ne peut pas être un geste architectural. En fait, celle-ci va naître de l’usage et de la vie du bâtiment. C’est cela qui va en faire un projet de qualité. L’exemple du CHU de Grenoble est révélateur. Sur ce site, nous avons relocalisé la stérilisation centrale. Ce n’est pas anodin, car la stérilisation reste un secteur déterminant dans un hôpital, puisque il s’agit d’un véritable relais entre le bloc opératoire et les autres services.

 

Cette approche particulière est-elle frustrante ?

Je dirai plutôt que c’est excitant d’essayer de maîtriser une technique complexe. Un projet réussi, c’est bien entendu un projet esthétique, mais aussi un projet dont la technique est maîtrisée, dont les flux fonctionnent, où les personnels se sentent bien, facile à maintenir, peu énergivore… C’est la bonne prise en compte de tous ces thèmes qui contribue à faire un beau projet. En fait, la réussite d’un projet médical s’apparente à chaque fois à un nouveau défi à relever.